Qui prend soin du dirigeant quand son rôle consiste précisément à rassurer les autres ?

Par Olivier Schaeffer, Associé chez Enjeux Dirigeants.

Un baromètre publié cette semaine par AG2R La Mondiale et Ipsos s’intéresse à la santé mentale des dirigeants de TPE-PME (lien en 1er commentaire). Le constat est en apparence rassurant : une large majorité d’entre eux se déclarent en bonne santé mentale.

Mais derrière cette perception positive apparaissent aussi des épisodes de stress intense, liés notamment à la situation économique, à l’organisation du travail et au manque de relais.
Cela ne me surprend pas.

Je rencontre des dirigeants qui traversent des périodes de forte incertitude : transformation, restructuration, conflit de gouvernance, résultats décevants, prise de poste difficile, départ subi ou simplement doute sur la suite de leur parcours.

Et il existe une particularité de la fonction de dirigeant dont on parle finalement assez peu : Plus l’incertitude augmente, plus on attend de lui qu’il rassure.

Les équipes attendent une direction. Le COMEX attend des arbitrages. Les actionnaires attendent des résultats. La famille, parfois, préfère ne pas tout savoir.

Or le dirigeant, lui aussi, peut douter. Il peut ne pas avoir la réponse, ou craindre de prendre la mauvaise décision. Il peut se demander s’il est encore la bonne personne au bon endroit.

Le problème n’est donc pas seulement la charge de travail ou le stress.
C’est aussi l’asymétrie de la fonction : devoir absorber une partie de l’incertitude de l’organisation sans pouvoir toujours partager la sienne.

D’où l’importance de disposer de quelques espaces où le dirigeant peut cesser momentanément de « tenir son rôle » : un pair, un mentor, un coach, parfois un membre de son conseil… peu importe, à condition qu’il puisse y parler sans enjeu de pouvoir, de statut ou de représentation.

Ce n’est pas un signe de fragilité. C’est peut-être au contraire une condition pour continuer à exercer lucidement sa responsabilité.